Dre Magalie Chenard DMV
Dre Magalie Chenard DMV

La maladie Naviculaire

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Le syndrome podotrochléaire, souvent appelé maladie naviculaire, regroupe un ensemble de pathologies de l’os naviculaire (Figure 1) et des structures environnantes à celui-ci. Le naviculaire est situé sensiblement au centre du pied du cheval, entre la phalange distale (P3), la phalange intermédiaire (P2) et le tendon fléchisseur profond du doigt (voir Figure 2, 3 et 4).

Comme ce syndrome réunit un ensemble de structures, plusieurs lésions sont possibles. Par le fait même, plusieurs tests sont nécessaires et plusieurs traitements sont disponibles pour le gérer ou le traiter.

Figure 1 : Os naviculaire

 

 

Figure 2 : Vu par-dessous (Barone, 2000)

 

 

Figure 3 : Coupe sagittale du pied d’un cheval, os naviculaire # 2 (Denoix, 2000)

 

Ce syndrome touche principalement les races suivantes : les Quarter Horse, les Warmblood et les Thoroughbred. Voici quelques signes cliniques :

  • Le cheval peut présenter une déformation des sabots dû à une modification de la mise en charge (pied bot, encastelure).
  • Les chevaux peuvent démontrer une douleur au repos aux pieds avant. Le cheval peut alterner le poids sur ses pieds et rechercher une zone en inclinaison dans sa ripe ou à l’extérieur.
  • Le pouls digital peut être augmenté à la palpation.
  • La réponse à la tricoise peut être positive ou négative.
  • La boiterie peut être accentuée sur un sol mou ou un sol dur dépendamment de la structure atteinte. La boiterie peu varier dans le temps.
  • Lorsque les signes cliniques sont légers, seul le cavalier peut remarquer un manque d’impulsion et un dos qui ne travaille pas (allure ‘’flat’’) puisque cheval se protège des contrecoups sur ses pieds.
  • Lors de la phase d’appui et de propulsion, le tendon fléchisseur profond vient appuyer sur le naviculaire et les structures environnantes. Ceci cause davantage de douleur. C’est pourquoi, certains chevaux font de plus petits pas et essaie de garder leurs pieds avant davantage sous eux (figure 4).
  • La plupart des chevaux vont avoir les deux pieds avant d’atteints, mais un pied sera plus douloureux que l’autre.

 

Figure 4 : Vu de côté (Collin, 2005)

 

Lorsque suspecté, votre vétérinaire pourra réaliser, un examen locomoteur avec tests afin de confirmer ou infirmer ce syndrome. Il pourra faire un examen de boiterie et vérifier les signes décrit plus haut, faire une anesthésie locorégionale du pied, prendre des radiographies, faire une échographie du pied, etc. Le but de tous ces tests est évidemment de confirmer ou infirmer la présence du syndrome podotrochélaire, mais aussi de connaître plus précisément la structure causant la boiterie. Également, ceci permettra au vétérinaire d’adapter le traitement au cheval et de donner un pronostic.

Il est possible de diviser le syndrome podotrochléaire en 6 formes générales :

  1. Forme articulaire : arthrose, distension articulaire entre P2 et P3.
  2. Forme kystique : ‘’kyste’’ dans l’os du naviculaire.
  3. Forme sclérosante : l’os naviculaire devient plus dense.
  4. Forme tendineuse : atteinte du tendon fléchisseur profond du doigt. Dans la forme chronique, il peut y avoir minéralisation de ce tendon.
  5. Forme ligamentaire : atteinte du ligament sésamoïdien distal impair ou des ligaments collatéraux. Dans la forme chronique, il peut y avoir minéralisation de l’insertion de ces ligaments sur le naviculaire.
  6. Forme avec fracture : fracture du naviculaire.

Selon le type de forme enjeu, plusieurs solutions sont disponibles pour gérer ou traiter la maladie naviculaire.  En voici quelques exemples :

Médecine Conventionnelle 

  • Parage et ferrure (ex : Egg Bar shoe, fer compensé en talon, …)
  • Anti-inflammatoire
  • Injection intra-articulaire
  • Laisser le cheval au repos de quelques jours à quelques mois
  • Isoxsuprine
  • Onde de choc
  • Tiludronate
  • Névrectomie des nerfs digitaux palmaires (couper ces nerfs de façon définitive)

 

Médecine Complémentaire

  • Acupuncture
  • Herbes médicinales chinoises et suppléments alimentaires
  • Ostéopathie

En médecine conventionnelle, votre vétérinaire régulier pourra vous conseiller afin de choisir le traitement le plus approprié à votre cheval.

Pour ce qui est de la médecine chinoise, l’acupuncture peut être rajoutée sans problème aux traitements de base ou être utilisée seule. Comme plusieurs formes de syndrome podotrochléaire ne pourront pas complètement guérir et évolueront dans le temps, l’acupuncture devient une option intéressante. Elle permet de gérer la douleur à long terme et donne une meilleure qualité de vie au cheval. Elle module le ‘’signal électrique’’ envoyé au cerveau afin de diminuer la douleur ressentie. De plus, elle réduit l’inflammation dans le pied en agissant par des aiguilles (localement et/ou à distance) sur le cheval. Elle augmente la circulation sanguine dans le pied et il est possible de l’utiliser pour diminuer les tensions musculaires dû aux compensations de douleur. Lorsque le cheval n’est pas obligatoirement au repos, l’acupuncture peut permettre à celui-ci de poursuivre son entraînement (à son rythme) et ainsi activer naturellement la circulation sanguine et le liquide synovial au niveau de ses pieds, afin d’améliorer le confort. Également, contrairement aux anti-inflammatoire qui ne peuvent être donnés sur de très longues périodes (risque pour le système digestif et rénal), elle a rarement des effets secondaires et peut être utilisée à long terme. Finalement, elle est peu invasive pour le cheval contrairement à la névrectomie des nerfs digitaux.

En complément à l’acupuncture, un mélange de plantes découlant de la médecine chinoise peut être donné par la bouche ou être appliqué localement au niveau de la bande coronaire (sous forme de crème) afin d’améliorer le confort du cheval.

Finalement, l’acupuncture n’agit pas uniquement comme anti-douleur et anti-inflammatoire (tel que l’a démontré par la science d’aujourd’hui). Elle permet de traiter le ‘’terrain’’, c’est-à-dire les causes énergétiques qui rend propice à la maladie.